Petit choix de lectures sur un grand homme

11 juin 2010

L’obéissance chrétienne, de JH Newman, Editions du Cerf, 2007, 220 p., 39,00 € / Les Aphorismes de Newman, de Jean Honoré, Editions du Cerf, 2007, 256 p., 20,00 €

Le cœur parle au cœur (Cor ad cor loquitur), telle est la devise, choisie par le cardinal John Henry Newman au moment de recevoir son titre cardinalice en 1879. Tel sera le slogan de la visite de Benoît XVI en Grande-Bretagne, visite historique qui aura lieu les 16 et 19 septembre prochains et qui se terminera par la béatification du cardinal à Coventry, par le Pape lui-même, ce qui est exceptionnel.

Déjà vieux, Newman apprit un jour qu’on l’avait appelé «  saint  ». Voici sa réponse :
«  Je n’ai aucune disposition pour être un saint - c’est bien triste de devoir le dire. Les saints ne sont pas des hommes de lettres, ils ne sont pas amoureux des auteurs classiques, ils n’écrivent pas de contes. Je peux m’estimer assez bien dans ma manière d’être, mais ce n’est pas les ‘hautes sphères’ … il me suffit de cirer les souliers des saints - si S. Philippe se sert de cirage au ciel  » (cf. The International Center of Newman friends).
 
John Henry Newman est né à Londres en 1801, et est mort le 11 août 1890. A 15 ans, il se convertit au christianisme, événement foudroyant qu’il décrit dans son Apologia comme étant «  plus certain que d’avoir des mains ou des pieds  ». Devenu un ecclésiastique anglican très en vue, connu pour son immense culture, ses sermons et ses poèmes, il se convertit au catholicisme à 44 ans. Au terme en effet d’un long cheminement, parfois bien difficile, plongé dans son essai sur le dogme, il explique : «  J’avais une seule avancée finale d’esprit à accomplir, et une seule démarche finale à faire. L’avancée d’esprit ultérieure consistait à être capable de dire honnêtement que j’étais certain de la conclusion à laquelle j’étais déjà parvenu. La démarche ultérieure, impérative quand une telle certitude fut atteinte, fut ma soumission à l’Église catholique  » (Apologia pro vita sua, 1864, réédition Ad Solem, 2003, p. 655).
 
Homme qui touchait par sa profonde humilité et simplicité, il a toujours cherché la vérité, exprimant ainsi de manière exceptionnelle la synthèse de la foi et de la raison. En 1963, Paul VI disait de lui qu’il avait été guidé exclusivement par l’amour de la vérité et la fidélité au Christ, et qu’il avait montré un chemin, le plus laborieux mais aussi le plus impressionnant, pour arriver à la plénitude de la sagesse et de la paix.
 
 
 
Homme de conscience et d’obéissance exceptionnelles, le huitième et dernier tome de ses Sermons paroissiaux porte justement sur l’obéissance chrétienne (Editions du Cerf, 2007, 220 p., 39,00 €). Un enseignement magnifique sur l’obéissance, que l’auteur illustre magistralement par les grandes figures bibliques telles : Abel, Moise, David, Saint Paul, etc. Une obéissance qui a deux fondements inséparables : la foi et la conscience. Mais chacun de ses ouvrages mériterait d’être longuement présenté et recommandé.
 
 
 
 
Ceci dit, pour rentrer dans cette œuvre monumentale, l’avant dernier ouvrage que le spécialiste français de Newman, le cardinal Jean Honoré, lui a consacré, aidera le lecteur moins préparé : Les Aphorismes de Newman (Editions du Cerf, 2007, 256 p., 20,00 €, cf. également Les mots qui disent la foi). Il nous offre, par un choix de phrases choisies, d’entrer dans la profondeur et la clarté de la pensée du cardinal anglais. En voici quelques exemples :
«  Je ne demande pas si Dieu me regarde, mais ce qu’il voit quand il me regarde  » (ch. 10, p. 109-119),
«  La conscience est le premier vicaire du Christ  » (ch. 11, p. 121-132)
et enfin : «  Ici-bas, vivre c’est changer et pour être parfait, il faut changer souvent  » (ch. 17, p. 183-198).
 
 

Il y a quelques années, un autre cardinal, Joseph Ratzinger, lui aussi grand connaisseur et admirateur de Newman, commentait ainsi cette dernière phrase :
«  Newman a été quelqu’un qui s’est converti pendant toute sa vie, quelqu’un qui s’est transformé sans cesse et, dans ce sens, qui est resté toujours lui-même, se réalisant toujours davantage. Je pense ici à saint Augustin, qui a tant de choses en commun avec Newman. Quand saint Augustin se convertit dans le jardin de Cassiaco, il comprenait encore sa conversion selon le schéma de son vénéré maître Plotin et celui des philosophes néoplatoniciens. Il pensait que sa vie pécheresse antérieure avait été définitivement dépassée, que le converti serait dorénavant une personne complètement nouvelle et diverse, ce qui lui restait de chemin ne serait qu’une montée continuelle vers un sommet de proximité à Dieu, chaque fois plus pure  ».
 
Peu à peu, Augustin «  apprendra qu’être chrétien signifie plutôt parcourir un chemin toujours plus difficile avec ses hauts et ses bas. L’image de la montée est remplacée par celle de ‘l’iter‘, un chemin pendant lequel nous sommes consolés et soutenus par les quelques instants de lumière que parfois nous recevons. La conversion est un chemin, une route qui dure toute la vie (cf. J. Bernard, Augustinus von Hippo, Leipzig, 1972, p. 132). C’est pourquoi la foi est toujours développement et précisément à cause de cela, maturation de l’âme vers la vérité, vers Dieu, qui ‘est plus intérieur à nous que nous-mêmes’. Newman, dans son idée d’évolution a présenté sa propre expérience de conversion, jamais achevée  ; il nous a offert ainsi l’interprétation non seulement de la doctrine chrétienne, mais aussi de la vie chrétienne. Je crois que le signe caractéristique d’un grand maître dans l’Église est qu’il enseigne non pas seulement par ses idées et ses paroles mais aussi par sa vie car en lui pensée et vie se compénètrent et se déterminent mutuellement. Si cela est vrai, Newman appartient en vérité au nombre des grands maîtres de l’Église car il touche notre cœur et illumine notre intelligence  » (Cardinal Joseph Ratzinger, conférence pour le centenaire de la mort de Newman -1990-, Centre international des amis de Newman).
 
Vérité, foi, conscience, obéissance, conversion…, à la grande question de Pilate «  quelle est la vérité  ?  », qui exprime la quête de tout homme et qui fut l’aspiration la plus profonde du Cardinal Newman, nous pouvons répondre encore avec Saint Augustin : «  Tu nous as fait pour Toi, O Seigneur, et nos cœurs sont sans repos jusqu’à ce qu’ils reposent en Toi  »...