Miséricorde !

29 novembre 2015

Quatre livres très différents pour bien commencer l’année jubilaire.

La Miséricorde : bonne nouvelle pour le monde, Martin Pradère, ed. de l’Emmanuel, 2015, 262 p., 21 euros

A la suite de Saint Thomas, qui mit ses mains dans les plaies du Christ et partit évangéliser jusqu’aux Indes, de Sainte Marguerite-Marie qui, à Paray-le-Monial au XVII siècle, lança son cri d’amour pour le Cœur de Jésus si mal aimé, jusqu’à sainte Faustine Kolwaska et l’institution du dimanche des dimanches, celui de la Miséricorde : la passion pour la divine Miséricorde dans l’Eglise ne fait que s’amplifier. Or, beaucoup plus qu’une simple dévotion, nous explique l’auteur, il s’agit de la Bonne Nouvelle, du Kérygme dont le monde a tant besoin ! Le Christ est venu pour sauver tous les hommes et Il veut se laisser toucher par tous afin que nous puissions goûter de son amour infiniment tendre et miséricordieux…. Et Il est en ce moment même en train d’intercéder pour nous devant Dieu le Père, le Miséricordieux, en Lui montrant ses plaies glorifiées , pour que nous puissions recevoir en abondance l’Esprit Saint.

Cette nouvelle annoncée, l’auteur, prêtre de l’Emmanuel, la décline tout azimut. D’abord sur tous les continents : l’Afrique, l’Asie, l’Europe apostate, l’Amérique latine : partout la divine Miséricorde est à l’œuvre et doit être annoncée. En Asie notamment, car Jésus était asiatique, la Miséricorde aidera au dialogue avec l’islam, le bouddhisme, le taôisme etc., sans bien sur tomber dans un syncrétisme simpliste. Le père Martin insiste aussi, à de nombreuses reprises, sur les liens fondamentaux tissés et à développer entre la Miséricorde et le peuple juif. Ensuite, la Miséricorde est active, elle nous invite à faire des "œuvres de miséricorde"… Voici donc un livre dense, qui lance de nombreuses pistes de réflexion sur la mission de l’Eglise dans le monde d’aujourd’hui. Il se termine sur Marie, notre mère de Miséricorde.

Pour écrire son livre, le père Martin s’est appuyé sur de très nombreux auteurs : saint Claude La Colombière (le Saint Jean de la Croix français), sainte Faustine, en passant par Jean-Paul II, Benoit XVI, François, sans oublier bien sur saint Ephrem, le chantre de la Miséricorde, saint Isaac le Syrien etc… Bref, un beau livre, très riche et très divers.

"De toi, Dieu plein de miséricorde et de clémence, et des grandes richesses de la douceur de ton amour, et du trésor débordant de ta clémence, nous implorons le secours, la délivrance, la protection et la guérison des blessures de nos corps et de nos âmes : exauce-nous dans ta bonté et ta miséricorde, selon que Tu as coutume de faire en tout temps, Seigneur de tout, Père, Fils et Saint-Esprit, pour les siècles des siècles" (prière litanique de l’Eglise d’Orient, citée p. 143)

Dans un tout autre genre et style, vient également de paraître : La bonne odeur de la Miséricorde, Jean-Marie Martin, prêtre de l’oratoire, préfacé par Stan Rougier, ed. Saint-Léger, 2015, 268 p., 20 euros.

"Que de romans ont été écrits à partir des Evangiles ! Qui sait s’ils ne nous révèlent pas, à leur façon, une facette de ce diamant ?

Le Christ est si important que chacun veut se L’approprier. En tirant ainsi la couverture, on risque de Le défigurer ! Il y a le Jésus-Renan idéaliste malchanceux ; le Jésus-Nietzsche ennemi de la vie ; le Jésus-Freud drapeau des puritains ; le Jésus-guérillero fusil en bandoulière, le Jésus asiatique d’un jésuite indien ; le Jésus-révélateur de Dieu (bénéficiant de l’imprimatur) du dominicain Dreyfus, d’Urs von Baltasar, du libanais Massabki des exégètes Guillet, Radermakers, Nolan, Laurentin, (…), Benoit XVI… il y a le Jésus-clown de la pièce Godspell ; le Jésus incendiaire de Rodrigo Garcia. La liste est longue ! …

(…) Jésus est une personne unique, au destin qui n’a aucun équivalent ni précédent dans l’Histoire. Quel homme est quel Dieu se cachent derrière ce prophète galiléen ? Se prononcer à son sujet, c’est aussi se définir soi-même. "Dis-moi qui Il est, je te dirai qui tu es". (…)

Croire que Dieu S’est manifesté en un homme est une question de vie ou de mort. (…) Le seul objet de la foi n’est pas un bloc de dogmes, c’est Quelqu’un. Sur Jésus, il ya des hypothèses qui n’ont rien de farfelu… Si Jésus écrit sur le sol, Marie Valtorta pense qu’il écrit les péchés de ceux qui sont les plus acharnés à condamner la femme adultère. Pour Jean-Marie, c’est parce que la haine ressemble à la poussière du chemin. Un autre dira que ce sont comme les petits dessins gribouillés au cours d’une réunion… Sur les détails, il est permis de broder" (préface, pp. 11-12)

Et c’est effectivement ce que fait le père Jean-Marie : il nous raconte son Jésus, comment il est né, a grandi, Joseph, Marie, l’appel des premiers disciples, etc…. Tout cela en une série de tableaux délicatement imagés. On sent derrière l’influence du théâtre. Autant de passage des évangiles qui sont autant d’actes, de scènes… Bref, voilà un beau livre qui nous relate une vie de Jésus, en nous le rendant à la fois plus humain et plus divin.

Encore tout autre chose avec le livre du Cardinal Cottier et Jean-Miguel Garrigues : Vérité et miséricorde, l’enjeu du synode, entretiens avec le père Antonio Spadaro, ed. cerf, 98 p., 2015, 12 euros. Publié en septembre juste avant le Synode sur la famille, ce petit livre spécifique revient sur la polémique suscitée par un article du père dominicain Garrigues publié dans France Catholique au cours de l’été.

En voici un bref extrait :

"La pastorale du tout ou rien semble plus "sûre" aux théologiens "tutioristes" mais conduit inévitablement à une "Eglise des purs". En valorisant avant tout la perfection formelle comme une fin en soi, on risque malheureusement de recouvrir, dans les faits, bien des comportements hypocrites et "pharisaïques". Le discernement du pape des Exercices spirituels ne peut pas ne pas l’amener à mettre le doigt dans cette plaie. Comme un bon médecin, il préfère risquer de faire mal plutôt que laisser le mal de l’orgueil spirituel se cacher sous un bien formellement vertueux" (p. 55).

A bon entendeur, salut 

Enfin, les éditions du Cerf ont eu la bonne idée de publier un livre carrément intitulé : Le Livre de la Miséricorde (cerf, 2015, 200 p., 15 euros)  : une petite compilation d’auteurs tels que : Grégoire de Nysse, Augustin, Léon Le Grand, Bernard de Clairvaux, Catherine de Sienne, Bossuet, Louis Marie Grignion de Montfort, Le Curé d’Ars, Charles de Foucauld, Thérèse de Lisieux, Jean-Paul II

Attention qu’il ne se transforme pas en un livre qui servirait à nous cultiver, puis qu’on rangerait sagement dans sa bibliothèque. Le but de cette année sainte, et de tous ces nombreux auteurs, qui sont presqu’autant de saints, est de nous faire rencontrer le Christ, d’en être blessé d’amour et de nous convertir…

Comment ne pas conclure en citant la deuxième encyclique de saint Jean-Paul II, une encyclique, que nous devrions tous lire ou relire en cette année jubilaire :

"L’ Eglise proclame la vérité de la miséricorde de Dieu, révélée dans le Christ crucifié et ressuscité, et elle la professe de différentes manières. Elle cherche en outre à exercer la miséricorde envers les hommes grâce aux hommes, voyant en cela une condition indispensable de sa préoccupation pour un monde meilleur et « plus humain », aujourd’hui et demain. Cependant, à aucun moment ni en aucune période de l’histoire - surtout à une époque aussi critique que la nôtre -, l’Eglise ne peut oublier la prière qui est un cri d’appel à la miséricorde de Dieu face aux multiples formes de mal qui pèsent sur l’humanité et la menacent. Tel est le droit et le devoir fondamental de l’Eglise, dans le Christ Jésus : c’est le droit et le devoir de l’Eglise envers Dieu et envers les hommes. Plus la conscience humaine, succombant à la sécularisation, oublie la signification même du mot de « miséricorde » ; plus, en s’éloignant de Dieu, elle s’éloigne du mystère de la miséricorde, plus aussi l’Eglise a le droit et le devoir de faire appel au Dieu de la miséricorde « avec de grands cris ». Ces « grands cris » doivent caractériser l’Eglise de notre temps ; ils doivent être adressés à Dieu pour implorer sa miséricorde, dont l’Eglise professe et proclame que la manifestation certaine est advenue en Jésus crucifié et ressuscité, c’est-à-dire dans le mystère pascal. C’est ce mystère qui porte en soi la révélation la plus complète de la miséricorde, de l’amour plus fort que la mort, plus fort que le péché et que tout mal, de l’amour qui retient l’homme dans ses chutes les plus profondes et le libère des plus grandes menaces." (Dives in misericordia, n 15, citée pp.153-154).