Les JMJ approchent, l’été aussi : lire les écrits d’un jeune saint

11 juin 2013

Chacune des JMJ est placée sous la protection de saints patrons et d’intercesseurs. Ils se sont donné totalement au Christ : qu’ils servent de grands frères ou grandes soeurs aux jeunes ! Les prochaines Journées Mondiales de la Jeunesse de Rio de Janeiro ont ainsi pour saints patrons, parmi beaucoup d’autres : Thérèse de l’Enfant Jésus, Jean-Paul II, Chiara Luce Badana, Pier Giorgio Frassati, ou encore Georges. Autant de belles occasions pour se replonger dans la vie et dans les écrits de ces saints et bienheureux pendant l’été (Histoire d’une âme de la petite Thérèse, Ma vocation, don et mystère de Jean-Paul II, etc.).

Celui qui nous retient ici a été déclaré l’un des saints patrons des JMJ de Madrid par Benoit XVI, après que Jean Paul II l’ait donné comme modèle pour tous les jeunes du monde à S. Jacques de Compostelle (1989). Selon les dires de ce dernier ce « témoin héroïque du Christ » est « un exemple de réponse pleine d’amour et inconditionnelle à l’appel de Dieu ». Il s’agit de Saint Raphaël Arnáiz Barón (1911-1938), une âme de feu, débordante d’amour pour « Dieu seul », un exemple fulgurant de la vitesse à laquelle Dieu peut faire d’un jeune un saint à la seule condition que celui-ci se laisse faire. Il est fêté le 26 avril.
Aîné de quatre enfants, Raphaël est né le 9 avril 1911 à Burgos dans une famille d’aristocrates espagnols. Grandissant, il est particulièrement proche de son oncle et sa tante, Leopoldo et María, ducs de Maqueda, tout près d’Avila, avec qui le lie une rare amitié spirituelle, comme en témoigne leur abondante correspondance.
Sa mère le décrit comme intelligent mais un peu indolent, artiste et fin gourmet. Etudiant joyeux inscrit à l’école d’Architecture de Madrid, il est aussi sérieux et grand sportif (il aime spécialement les voitures et conduire à vive allure). Apprécié de tous, habitué au confort et à être servi, il rentre à 22 ans à la Trappe de San Isidro de Dueñas.
Mais quelques mois après son entrée un diabète foudroyant se déclare (il perd 24 kilos en huit jours). Il est contraint à rentrer dans sa famille pour se soigner et se rétablir. Après avoir tout abandonné, il doit apprendre le plus difficile : abandonner sa propre volonté. Ainsi Raphaël quitte-t-il son cher monastère triste et perplexe, espérant ardemment y revenir. Son chemin spirituel ne fait que s’accélérer.
Après une longue convalescence, il rentre de nouveau à San Isidoro, cette fois en qualité de simple oblat (il renonce ainsi à son vœu de porter la coule des moines). Sa maladie ne lui permet pas de suivre les exigences de la Règle. La guerre civile espagnole (1936-1939), en empêchant l’approvisionnement des médicaments qui lui sont nécessaires, l’oblige à sortir de nouveau. Après une troisième sortie (février-décembre 1937), il vit son dernier séjour à la Trappe, du 15 décembre 1937 au 26 avril 1938, jour de son dies natalis. Souffrant terriblement, il exulte : le Ciel lui est enfin offert.
Une dizaine de jours avant sa mort, il reçoit la coule monastique du Père Abbé, l’habit monastique normalement réservé aux moines profès.
Raphaël est « un trappiste fou et excité d’amour pour Dieu », exubérant et enthousiaste, qui se retient de crier sans cesse à tue-tête la miséricorde de Dieu à son égard. Il ne cessera jamais de répéter : « Dieu seul ! ».

Les éditions du Cerf ont publié en 2008 ses Écrits spirituels, rassemblés par sa mère (436 p., 32 euros). En voici quelques extraits lumineux.
 
« Je ne veux rien. Je veux n’être rien pour le monde. Je veux être tout à vous, et je vous donne même mes péchés, car c’est tout ce qui me reste qui soit exclusivement à moi.
Êtes-vous content, Seigneur ? Moi, je le suis. » (27 09 1935)

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« Moi aussi, quand j’étais dans le monde, je courais quelquefois sur les routes de l’Espagne, ravi de faire monter le compteur de la voiture à 90 kilomètres à l’heure..., quelle bêtise !... Quand je me suis aperçu qu’il n’y avait plus d’horizon, j’ai subi la déception de celui qui possède la liberté de ce monde, car la terre est petite, et on en fait vite le tour.
Des horizons petits et limités entourent l’homme. Pour celui qui a une âme assoiffée d’horizons infinis, ceux de la terre ne lui suffisent pas : ils l’étouffent, il n’y a pas de monde assez grand pour lui, et il ne trouve ce qu’il cherche que dans la grandeur et l’immensité de Dieu !
Hommes libres qui parcourez la planète, je n’envie pas votre vie en ce monde ; enfermé dans un couvent et aux pieds du crucifix, j’ai une liberté infinie, j’ai un ciel..., j’ai Dieu » (15 12 1936, p. 271)
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« 4 mars 1938.
Au nom du Dieu saint, je prends aujourd’hui la plume pour que mes paroles, s’estampant sur la feuille blanche, servent de louange perpétuelle
au Dieu béni, auteur de ma vie, de mon âme, de mon cœur.
Je voudrais que l’univers entier, avec les planètes, tous les astres et les innombrables systèmes stellaires, soient une immense étendue, polie et brillante, où je pourrais écrire le nom de Dieu.
Je voudrais que ma voix soit plus puissante que mille tonnerres, et plus forte que le fracas de la mer, et plus terrible que le grondement des volcans, pour seulement dire : Dieu !
Je voudrais que mon cœur soit aussi grand que le ciel, pur comme celui des anges, simple comme celui de la colombe (Mt 10,16), pour y mettre Dieu !

Mais puisque toute cette grandeur dont tu rêves ne peut pas devenir réalité, contente-toi de peu et de toi-même qui n’es rien, Frère Raphaël, car le rien même doit te suffire.
Pourquoi se taire ? Pourquoi le cacher ? Pourquoi ne pas crier au monde entier et publier aux quatre vents les merveilles de Dieu ? Pourquoi ne pas dire aux gens et à tous ceux qui veulent l’entendre : voyez-vous ce que je suis ? Voyez-vous ce que j’ai été ? Voyez-vous ma misère se traînant dans la boue ?... Car peu importe : émerveillez-vous ; malgré tout ça, je possède Dieu. Dieu est mon ami !
Dieu m’aime, moi, d’un tel amour que, si le monde entier le comprenait, toutes les créatures deviendraient folles et hurleraient de stupeur. Et encore..., cela est peu.
Dieu m’aime tellement que même les anges n’y comprennent rien ! (cf 1P 1,12) La miséricorde de Dieu est grande !
M’aimer, moi..., être mon ami..., mon frère, mon père, mon maître... Être Dieu, et moi, être ce que je suis !...
Ah, mon Jésus, je n’ai ni papier, ni plume. Que puis-je dire !
Comment ne pas devenir fou ! Comment peut-on vivre, manger, dormir, parler et avoir des relations avec tous ? Comment est-il possible que j’aie encore suffisamment de sérénité pour penser à quelque chose que le monde appelle raisonnable, moi qui perds la raison quand je pense à Toi ?
Comment est-ce possible, Seigneur ! Je sais, Tu me l’as expliqué déjà, c’est par le miracle de la grâce. Si le monde qui cherche Dieu le savait ! Ignorants et insensés qui cherchez Dieu où Il n’est pas. Écoutez, et soyez dans l’étonnement. Dieu est dans le cœur de l’homme, je le sais. Mais écoutez, Dieu vit dans le cœur de l’homme, quand ce cœur vit détaché de tout ce qui n’est pas lui. Quand ce cœur se rend compte que Dieu frappe à sa porte, et qu’il balaie et nettoie tous ses appartements pour se disposer à recevoir l’unique qui rassasie vraiment. Comme il est doux de vivre ainsi, avec Dieu seul dans le cœur. Quelle grande douceur que de se voir rempli de Dieu. Comme il doit être facile de mourir ainsi.
Faire ce qu’il veut demande bien peu, ou plutôt rien du tout, car on aime sa volonté ; même la souffrance et la douleur sont paix, car on souffre par amour. Dieu seul comble l’âme et la comble toute entière. Il n’y a ni créatures, ni monde, il n’y a rien pour la troubler, seule la pensée de pouvoir l’offenser et le perdre la fait souffrir. Qu’ils viennent, les savants, demander où est Dieu. Dieu est où le savant à l’orgueilleuse science ne peut arriver. Dieu est dans le cœur détaché, il est dans le silence de la prière, dans le sacrifice volontaire de la douleur, dans le vide du monde et de ses créatures.
Dieu est sur la Croix, et tant que nous n’aimerons pas la Croix, nous ne le verrons pas, nous ne le sentirons pas. » (4 03 1938, pp. 372-374)

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« La croix du Christ ! Que peut-on dire de plus ? Je ne sais pas prier,
je ne sais pas ce qu’est être bon, je n’ai pas l’esprit religieux, car je
suis plein du monde. Je ne sais qu’une chose, une chose qui remplit mon âme de joie, tout en me voyant si pauvre en vertus et si riche en misères ; je sais seulement que j’ai un trésor que ne changerais pour rien ni pour personne : ma croix, la croix de Jésus, cette croix qui est mon seul repos.
Comment expliquer cela ? Celui qui ne l’a pas expérimenté ne peut nullement soupçonner de quoi il s’agit.
Ah, si tous les hommes aimaient la croix du Christ ! Si le monde
savait ce que c’est que d’embrasser pleinement, vraiment, sans réserve, en folie d’amour, la croix du Christ !... Combien de temps perdu en causeries, dévotions et exercices qui sont saints et bons, mais ne sont pas la croix de Jésus, ne sont pas ce qu’il y a de meilleur (...) Savourer la croix 
 ! » (03/04/38 p.396).