Lectures profondes pour un bel été

19 juin 2014

L’été commence, temps de repos et de lectures, à nous d’en tirer profit ! Nos frères prêtres de l’Institut Notre Dame de vie publient très régulièrement des ouvrages. Parmi ceux de ce début d’année deux peuvent, entre autres, retenir notre attention : Prier 15 jours avec frère Luc par François Buet et Les trois théologales, ou l’équipement de base du chrétien de Claude Sarrasin.

Prier 15 jours avec frère Luc, par François Buet, ed. Nouvelle Cité, 127 p., 2014, 12,50€

Comme le frère Luc, l’auteur de ce petit recueil, le père François Buet, est médecin. Il travaille en soins palliatifs à la clinique Sainte-Elisabeth de Marseille ; et avec le Secours Catholique, il dispense des soins aux plus pauvres d’Avignon.

La collection Prier 15 jours avec... est certainement connue de nos lecteurs. Tous se souviennent aussi du frère Luc remarquablement interprété par Michael Lonsdale dans le film Des hommes et des dieux.

Paul Dochier, qui deviendra Frère Luc, est né le 31 janvier 1914 dans la Drôme. Il nous est donc tout proche par ses origines. Après des études de médecine, il rentre à la Trappe d’Aiguebelle en décembre 1941. « Mais voici que frère Luc apprend qu’un de ses anciens collègues médecins, père de famille de quatre enfants, est détenu comme prisonnier de guerre. Frère Luc se porte alors volontaire pour le remplacer dans le camp qui se trouve en Allemagne (...). Comment ne pas penser à l’offrande de lui-même que fit Maximilien Kolbe à Auschwitz pour un père de famille, au prix de sa propre vie ? Nul doute que cette expérience fut pour frère Luc l’occasion de réaliser déjà le don complet de lui-même comme il le vivra, à la fin de sa vie... » (p. 9). Après la guerre, en 1946, il part pour le monastère de Tibhirine, en Algérie, où pendant cinquante ans et jusqu’à son martyr, il s’occupera d’un dispensaire de cette région pauvre et reculée. Il devra parfois subir l’incompréhension de ses supérieurs : un frère convers médecin, ce n’est pas courant dans une trappe.

D’autant que ses journées sont bien remplies : jusqu’à cent consultations par jour. Il n’aura de cesse de soulager avec bonté ses frères musulmans qui viennent au couvent, sachant qu’il se dit lui-même parfois bien plus malade qu’eux (il est de santé fragile). Homme généreux, de grande foi, au caractère bien trempé, fin mélomane, très cultivé, ses nombreuses lectures le conduisent à de très belles et profondes méditations. Ses phrases sont courtes, son style est limpide, bref, voici un livre accessible à tous. Tout le mérite du père Buet est d’avoir su réunir et présenter les plus belles de ces annotations pour que nous puissions nourrir notre propre prière.

En voici quelques extraits.

Sixième jour « Quand j’entends l’Ecriture ou que je m’occupe à la lecture privée, il y aura toujours une phrase, un mot qui s’applique à mon état présent. En 1976, Seigneur, tu ne nous parles plus en paraboles, ni par des textes fixés comme ton Evangile, mais par des événements, des signes. Chaque jour est un livre de signes : rencontres, contrariétés, difficultés, conversation... Mes yeux ne sont pas assez ouverts pour voir le signe que tu m’adresses. Toute situation humaine est, au moment donné, l’endroit où se trouve Jésus. Pourquoi n’ai-je pas été écrasé aujourd’hui par cette automobile qui m’a frôlé ?? Les signes de ma vie, je ne suis pas capable de les interpréter moi-même. Maître, explique-moi la parabole » (12 mars 1976)", cité p. 50.

Dans la même lignée, il écrit plus tard : « Dieu a placé les événements et les hommes comme des jalons sur notre route. Il nous reste à les accueillir comme moyens de trouver Dieu. Ils le sont indubitablement. C’est à nous de les utiliser » (cité p. 88).

Autre exemple, à propos de l’eucharistie : « Ce n’est pas nos renoncements que nous offrons à Dieu, c’est son Fils : il faut l’affirmer fortement. Mais l’Eglise s’offre maintenant avec lui. L’Eglise qui est son corps et ses membres. Mais c’est le Christ qui est l’hostie et nous en lui. Donc nous devons participer en nous offrant avec lui et en lui. Dans la communion, Jésus ne vient pas en nous. Il nous prend avec lui » (cité p. 73-74).

Sur le péché : « Réjouissons-nous d’être pécheurs mais pécheurs perpétuellement pardonnés, perpétuellement hissés au-delà de notre péché. Ce que nous découvrons dans nos confessions valables, ce que nous nous trompions de péché. Notre vraie faute, ce n’était pas nos actes insipides qui nous avaient servi de passe-temps. Il fallait bien que nous trompions notre faim. Notre vraie faute, c’était de n’avoir pas cru vraiment à l’existence de quelqu’un qui fût capable d’apaiser à tout jamais cette faim, de n’avoir pas osé croire en un amour qui nous dispensait de toutes ces contrefaçons » (cité p. 79).

Et pour finir, ce frère médecin qui fut bien souvent confronté à la mort, jusqu’à la sienne, voici ce qu’il en écrit :« On se confie sans appréhension aux mains d’un chirurgien, et l’on ne se remettrait pas avec une confiance absolue aux mains de Dieu ? La mort, c’est Dieu. Pour le chrétien, la mort ne peut être l’objet de terreur, puisqu’elle est rencontre, face-à-face, avec ce Dieu qu’il a espéré dans les épreuves. La mort c’est Dieu. Chaque minute est un pas vers la mort, c’est-à-dire vers l’amour. Paradoxe du christianisme, la mort est le commencement de la vie. La vie éternelle n’est pas située après la mort, mais est présente au cœur de notre existence. »Que ta volonté soit faite sur la terre, comme au ciel.« Le ciel est le lieu où la volonté de Dieu est faite. La Résurrection, je ne crois qu’à ça. La Résurrection est déjà là, dans l’attente que l’on en a. Je ne crois pas que mort ait sur nous le dernier mot » (cité p. 90)...


Dans un tout autre genre et contenu, le père Claude Sarrasin dans son ouvrage : Les trois théologales (ed. Parole et Silence, 2014, 230 p., 17 €), nous livre ce qu’il appelle l’équipement de base du chrétien.

C’est en grand connaisseur et amoureux de Jean de la Croix, Thérèse d’Avila, Thérèse de Lisieux et bien entendu, du père Marie-Eugène que le père Sarrasin nous présente les trois grandes vertus théologales : la foi, l’espérance et la charité, qui sont les dons les plus précieux de notre Dieu. Mais l’auteur s’appuie aussi avec un grand entendement sur Mère Térésa (pour la charité) et Jean-Paul II (la prière). C’est en effet sur la prière, et plus spécifiquement l’oraison, que le livre se termine.

L’ouvrage constitue un recueil d’articles, conférences et cours dispensés par l’auteur. Le style est donc varié, selon l’auditoire, mais la ligne est claire : « une course à la sainteté », car, suivant les mots de saint Jean de la Croix : « On obtient de Dieu autant qu’on espère » (cité p. 46). Chère petite espérance qui entraîne ses soeurs aînées...

Sur la prière, les recommandations sont constantes, avant même de s’appliquer à expliquer l’oraison. Ainsi, le père Sarrasin n’hésite-t-il pas à nous citer ce passage si connu, car si beau de la Madre :« Mes filles, jamais votre Époux ne vous quitte des yeux. Voyez ce qu’il attend de nous, c’est que nous Le regardions. (...) Alors Il se soumet pour ainsi dire aux dispositions du cœur : »Il se fait le sujet et vous êtes les souveraines. Il se plie à tous vous désirs : êtes-vous dans la joie ? contemplez-Le ressuscité ; quelle splendeur ! quelle beauté ! quelle majesté ! Etes vous sous le poids de la douleur et de la tristesse ? regardez-Le se rendant au jardin des Oliviers ;... Attaché à la colonne accable de douleurs, toutes les chairs mises en lambeaux par l’amour extrême qu’Il vous porte... Il oubliera ses souffrances pour consoler les vôtres, et cela, uniquement parce que c’est auprès de lui que vous allez chercher consolation, parce que vous tournez la tête de son côté pour Le regarder... Parlez-lui alors, non au moyen de prières toutes faites, mais en lui disant la peine qui remplit votre cœur, car pareille manière de prier est d’un grand prix a ses yeux" (cité p. 51).

Ses passages sur la foi, bien souvent « obscure » (cf. la belle image du calice en or recouvert d’argent, pp. 68 et ss), sont à retenir : la foi est une connaissance médiate. « Nous cheminons dans la foi, et non pas dans la claire vision » dit Saint Paul (2 Co 5, 7). Et ce, contrairement à la charité qui est elle un amour immédiat : « tel est le privilège de la charité : nous aimons Dieu ici-bas du même amour dont nous l’aimerons au ciel » (pp. 97-98).

De là le chapitre consacré à mère Térésa, qui a tant aimé les plus pauvres de la terre, car s’il y a des nuits de la foi, il n’existe pas de nuit de la charité. Nos frères les pauvres nous les aurons toujours.
Aimer l’autre mais aussi aimer Dieu, de tout notre coeur, de toutes nos forces et de tout notre esprit, c’est ce que nous rappelle Saint Jean de la Croix.

« Jean de la Croix était persuadé du privilège de la charité. Si on l’envisage dans le contexte de l’épreuve de la foi, le conseil suivant fournit une vraie bouée de sauvetage : »Quand nous sentons le premier mouvement, le premier assaut de quelque vice : l’impureté par exemple, ou l’impatience, l’esprit d vengeance pour un affront reçu, etc., ne pas résister par un acte de la vertu contraire, mais opposer à la première atteinte du vice un acte anagogique ou élan d’amour en élevant notre cœur jusqu’à l’union divine. Grâce à cet élan, l’âme se dérobe au vice et à la tentation, elle se présente à son Dieu et s’unit à lui. De cette manière l’ennemi est frustré dans son attente et ne trouve plus sur qui frapper. L’âme en effet qui vit plus là où elle aime que là où elle anime, a divinement esquivé la tentation." (cité p. 127).

Enfin, Claude Sarrasin cite et reprend à plusieurs reprises le très beau commentaire du père Marie-Eugène sur l’hémorroïsse (Marc 5, 25-34). Cette femme fut guérie par un acte de foi. Acte de foi que l’on pose dans la prière. Car nous pouvons tous toucher le Christ, sans que cela ne change rien à notre vie. C’est seulement si nous le touchons avec la foi que nous serons guéris de ce flux de sang qui nous accable, nous coûte fort cher et nous laisse seuls, impurs, sans vie. Tandis qu’avec la foi tout est possible...