Le grand défi de la famille

24 avril 2008

du Cardinal Alfonso Lopez Trujillo, Editions Parole et Silence, 222 p., 2007, 21 €.

Le 12 mai 2007, presque un million et demi de personnes, toutes des familles accompagnées de leurs enfants, se réunissaient à Rome, place Saint Jean de Latran, pour dire oui à La Famille et non au Dico (équivalent du Pacs français - ce dernier projet de loi, du fait même de l’ampleur de la manifestation pacifique, échoua-). Le 30 décembre 2007, en la fête de la Sainte Famille, à Madrid, place Colomb, près de 2 millions d’espagnols se réunissaient joyeusement, autour d’une liturgie de la Parole, “pour la famille chrétienne”. Le Saint-Père, en direct de Rome, grâce à la télévision, dédia sa traditionnelle audience du dimanche à l’évènement (une première !). Si les médias ont quasiment ignorés ces “Family Days”, il n’est pas dit qu’un jour à Vienne en Autriche, et pourquoi pas dans d’autres capitales européennes, l’initiative continue, afin de témoigner que les familles chrétiennes existent, heureuses, nombreuses et sont porteuses d’un merveilleux message d’espérance pour nos sociétés occidentales.

C’est donc dans ce contexte d’immense “défi”, qu’est sorti le dernier ouvrage du Cardinal Lopez Trujillo, livre absolument passionnant, sans concession et de très haute volée intellectuelle. Il est en effet incontestable que la question de la famille et de la vie est devenue la question fondamentale et essentielle de notre époque. Or, l’actuel Président du Conseil pontifical pour la famille est connu tant pour la profondeur de ses analyses que pour son franc parler.

Dans une situation de plus en plus troublée, une fois de plus l’Eglise s’illustre comme la seule et véritable protectrice de la vérité sur l’homme, de sa profonde dignité. “L’avenir de l’humanité passe par la famille ! s’écrie Jean-Paul II dans Familiaris Consortio n°86.

Par “LA” famille, précise, très justement, le Cardinal, alors que les médias et les politiques préfèrent parler, non sans ambiguïté, “des” familles et de toutes sortes de “nouvelles parentalités”. “Il faut donner toute sa force à l’utilisation du singulier : La Famille, alors que se répand l’utilisation du pluriel, Les familles, avec toute la négation que ce pluriel implique. D’un modèle de la famille fondée sur le mariage, communauté d’amour et de vie d’un homme et d’une femme, ouverte à la vie. Cette conception précise et au singulier de La famille renferme sa philosophie, son fondement anthropologique sur lequel le Pape a apporté tant d’éclaircissements précieux dans son magistère” (La famille : don et engagement, espérance de l’humanité).

Que ce soit en matière de connaissance de l’homme et de la femme (psychologique, sexuelle, anthropologique, théologique), de mariage (quid des enfants dans le “divorce express” ?, le terme d’“union” “où tout est possible” supplante celui du mariage…), de bioéthique, dont le champ est immense (du début à la fin de la vie), de graves questions d’éducation (certaines instructions ministérielles en matière d’éducation sexuelle en Europe font froid dans le dos ! notamment celles qui promeuvent l’homosexualité), etc…. nos sociétés sont confrontées à d’immenses confusions philosophiques, juridiques et théologiques toujours plus dominantes et aliénantes. Il suffit de citer les puissantes manipulations, tous azimuts, issues de la théorie du “genre/gender”.

L’Eglise monte donc au créneau, démaquille les mots et surtout annonce le merveilleux plan d’amour de Dieu. Ainsi rend-elle un immense service à la famille et à l’humanité toute entière. Combien de fois le Cardinal Trujillo répète-t-il que “l’Eglise est la meilleure alliée des gouvernements pour le bien de l’Homme” !

L’épaisseur de l’ouvrage Le grand défi de la famille ne doit pas effrayer. Sa lecture est en effet grandement facilitée du fait qu’il s’agit d’un recueil d’interventions, conférences et articles se déclinant sur le thème de la famille. On peut le lire de bout en bout ou choisir parmi les chapitres : “Réflexions éthiques et pastorales sur les conséquences de l’avortement”, “Les défis de la famille et ses espérances dans l’encyclique Evangelium vitae”, “Les jeunes et la famille”, “La paternité de Dieu, modèle de la paternité dans la famille”, “Panorama des défis que la famille et la vie doivent affronter aujourd’hui en Europe”, “Vers une anthropologie : dignité de l’handicapé à la lumière de la raison et de la Révélation”, “Famille, fécondité et vie dans la société d’aujourd’hui”, “Clonage : disparition de la parentalité et négation de la famille”, et tant d’autres encore…

“C’est la vérité de l’homme que l’on veut mettre comme sujet à caution, son mystère, sa vocation” (p. 426). Ceci dit, loin de céder au pessimisme ambiant, l’auteur rappelle sans cesse, à la suite du Saint Père dans sa Lettre aux Familles Gratissimam sane (n. 18) : “Le Seigneur est avec vous ! Cette présence du Seigneur, “Tête du corps qu’est l’Eglise” (Ef. 5, 23), infuse aux familles une force éminente (Ef. 5, 27). Elle est la clé et la raison de notre certitude, donne consistance à notre espérance. Fortifiées par Jésus-Christ, sûres de Sa présence, comme à Cana, les familles peuvent se projeter et marcher vers l’avenir avec confiance.

On peut en outre recommander au lecteur particulièrement intéressé l’excellent Lexique des termes ambigus et controversés sur la famille, la vie et les questions éthiques, éd. Téqui, juin 2005, 1008 p., 60€, qui éclaire les manipulations du langage présentes dans nos grands débats de société. L’ouvrage fournit de clairs et fondamentaux repères éthiques, psychologiques, médicaux, juridiques ou théologiques. Du “gender” à la “réduction embryonnaire”, en passant par la “santé reproductive” de la femme : autant de concepts ou mots qui font l’objet d’analyses passionnantes par 72 experts de renommée internationale. Préfacé par le cardinal A. Lopez Trujillo, le Lexique réunit entre autres les contributions de Mgr Vingt-Trois, Mgr Ricard, T. Anatrella, G.-F. Dumont, M.-T. Hermange, X. Lacroix, J.-M. Le Méné, J.-M. Meyer, J. Suaudeau, mais aussi Mgr C. Caffarra, Mgr G. Cottier, C. Casini, M. Schooyans ou encore J. Wilks.