Dieu ou rien

3 juin 2015

Belle occasion que cette grande fête de saint Charles Lwanga et de ses compagnons martyrs pour présenter le tout récent livre du Cardinal Robert Sarah, avec Nicolas Diat, Dieu ou rien, Entretien sur la foi (ed. fayard, février 2015, 415p., 21,90 euros).

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« >Le cardinal Sarah vaut, très justement, une grande dévotion à ces valeureux martyrs qui n’ont rien à envier à leurs prédécesseurs dans la foi, comme le disait Paul VI lui-même lors de leur canonisation. »Ces martyrs africains ajoutent au martyrologe, au livre des vainqueurs, une page qui relate des événements à la fois sinistres et magnifiques ; une page vraiment digne de rejoindre ces récits glorieux de l’Afrique ancienne dont nous-mêmes, hommes modernes, avec notre peu de foi, pensions qu’ils ne trouveraient jamais une suite comparable. (...) Qui pouvait prévoir qu’à ces grands martyrs et confesseurs d’Afrique, ces personnages inoubliables que sont Cyprien, Félicité et Perpétue, et le grand saint Augustin, on ajouterait un jour ces noms qui nous sont chers : Charles Lwanga, Matthias Molumba, Kalemba et leurs vingt compagnons ?" (homélie du 18 octobre 1964).

Sufficit tibi gracia mea  ;line-height:115% ;
font-family :"Times New Roman","serif"« >( »ma grâce te suffit", 2Co 12,9) : telle est la belle devise épiscopale du Cardinal Sarah et il l’incarne particulièrement bien. Ce fils unique, né dans un petit village de brousse au fin fond de la Guinée, le 15 juin 1945, a vraiment connu un destin extraordinaire et ce grâce au Christ. Plus jeune évêque du monde, à trente quatre ans, il est actuellement cardinal à la tête d’un des dicastère les plus important, celui consacré à la liturgie : la Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements.

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« >Il nous livre dans cet ouvrage, d’une très grande profondeur, la clef de sa vie : aller à l’essentiel, et ce toujours : dans la foi, la liturgie, la famille, la société. Ainsi par exemple quand il est questionné sur le »mariage" homosexuel, il élève tout de suite le discours et nous relate le martyr tout récent d’un jeune couple pakistanais brulé vif : voilà dit-il l’important aujourd’hui et non nos stériles débats d’occidentaux nombrilistes. De même quand on l’interroge sur l’esclavage africain, il dénonce de suite un autre esclavage, au moins aussi grave, celui idéologique actuellement imposé par l’Occident à la terre entière (l’avortement, le planning familial, le gender, etc.).

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« >Il n’hésite pas en revanche à répéter de nombreuses fois son immense reconnaissance à l’égard les missionnaires, spiritains en l’occurrence, qui ont donné leur vie pour évangéliser l’Afrique, et en particulier son village. Arrivés à trois, six mois plus tard, l’un d’entre eux mourrait déjà, épuisé. C’est sur leur bancs qu’il appris »nos ancêtres les gaulois". Il nous raconte aussi sa vocation, comment âgé de onze ans, le père Bracquemond lui proposa d’entrer au séminaire pour devenir prêtre, à la grande stupéfaction de ses parents qui ne pensait pas qu’un noir puisse le devenir !

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"">Bref, la première partie de ce livre, où Robert Sarah nous relate sa vie, est un vrai régal et se lit comme un roman. Or, il ne faut pas oublier qu’il fut ordonné prêtre (le 20 juillet 1969) puis évêque de Conakry (à la suite de Mgr Tchidimbo qui fut enfermé et torturé) dans un pays déchiré par la dictature communiste de Sékou Touré.

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« >Il raconte ainsi sa vie de jeune curé : »Je me souvenais des missionnaires de mon enfance qui partaient presque chaque jour à pied pour évangéliser les populations les plus reculées. Désormais, je pouvais pleinement les imiter... Je marchais de longues heures, toujours accompagné de deux ou trois catéchistes, avec une valise chapelle sur la tête, sous un soleil de plomb ; parfois je croisai un camion de marchandises qui acceptait de faciliter mon voyage. Lorsque je partais vers des zones marécageuses, au milieu des lagunes je prenais une pirogue. Il nous arrivait régulièrement de traverser des torrents très dangereux, comme celui de Kakoulkoul. Nous retenions notre souffle dans la peur d’être engloutis dans un tourbillon... Souvent, je choisissais de voyager vers les villages les plus reculés car je savais que ces habitants n’avaient pas reçu la visite d’un prêtre depuis l’expulsion des missionnaires en 1967. Après une petite décennie sans prêtre, les villageois continuaient seuls à enseigner le catéchisme aux enfants, à réciter les prières de la journée, à prier le chapelet, avec une immense dévotion filiale à la Vierge Marie, et à écouter la Parole de Dieu, le dimanche" (p. 75).

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"">Il n’hésite pas non plus à nous raconter ses moments de découragements, face à la charge épiscopale, notamment, sous Touré, à sa tristesse de devoir quitter son ministère en Afrique pour se retrouver à la charge d’importantes responsabilités à Rome... Car c’est un homme profondément attaché ses racines. La Croix du Christ et la prière furent et restent ses uniques soutiens.

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« > »L’homme est long à naître et sa naissance n’est pas un acte ponctuel. Elle advient à chaque instant. Il y a eu des étapes qui ont donné à ma vie une orientation décisive. Mais ces tournants, ce sont ces heures, ces moments de la journée ou, seul à seul, avec le Seigneur, j’ai pris conscience de sa volonté sur moi. Les grands moments d’une vie, ce sont les heures de prières et d’adoration" (p. 99).

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« >D’abords nommé, en octobre 2001, comme Secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, il raconte »Souvent, les institutions missionnaires sont les seules à s’occuper des pauvres et des malades que personne ne veut regarder. Quand des gouvernements irresponsables, des armées cruelles ou des lobbies assoiffés de profits ont semé la terreur et le désespoir, il ne reste que les mains ouvertes de Dieu qui, à travers le courage des messagers de l’Evangile viennent consoler les plus pauvres des pauvres" (p.106).

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« >Grâces à ses différentes charges romaines, il bénéficie aujourd’hui d’une acuité et d’un regard universel sur toute question. Le 7 octobre 2010, le pape Benoît XVI le nomme en effet président du Conseil pontifical Cor Unum, lequel traite toutes les questions en rapport avec les activités caritatives. Le Saint-Père alors, auquel le Cardinal vaut une très grande admiration (il le cite d’ailleurs très souvent), lui dira : »Excellence, je vous ai nommé à Cor unum car je sais qu’entre tous vous avez l’expérience de la souffrance et du visage de la pauvreté. Vous serez le mieux à même d’exprimer avec délicatesse la compassion et la proximité de l’Eglise auprès des plus pauvres« (p. 108). Quelques semaines plus tard, il est créé cardinal toujours par Benoît XVI lors du consistoire du 20 novembre 2010. Le nouveau Cardinal à la tête de Cor unum restera fidèle à sa mission : »le vrai soulagement que nous devons apporter aux pauvres et aux personnes éprouvées n’est pas seulement matériel, mais spirituel. Il faut leur révéler l’amour, la compassion et la proximité de Dieu. Dieu est avec nous dans l’épreuve" (p. 113).

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« >Ceci dit, l’essentiel de l’ouvrage est consacré à des questions de fond : le sacerdoce et son avenir, la famille (et la »Manif pour tous« citée plusieurs fois, not. p. page 214), le dialogue œcuménique et inter-religieux, la liturgie, la prière, la foi... L’homme de foi garde une espérance indéfectible et demeure un roc attaché à l’Eglise et à sa doctrine millénaire. Il a toujours une parole forte pour dénoncer le péché : »Les premiers ennemis des personnes homosexuelles, ce sont les lobbies LGBT. C’est une grave erreur que de réduire un individu à ses comportements, notamment sexuels. La nature finit toujours par se venger" (p. 229).

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« >Interrogé sur l’actuel synode sur la famille et certaines réformes pastorales prétendument souhaitables, il rappelle »l’urgence de former des familles chrétienne solides, car l’Eglise, qui est la famille de Dieu, se construit sur la base de familles chrétiennes sacramentellement unies et témoins de ce Mystère de grande portée donné éternellement par le Christ (...) J’affirme donc avec solennité que l’Eglise d’Afrique s’opposera fermement à toute rébellion contre l’enseignement de Jésus et du magistère" (pp.404 et 405).

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"« >Tout ceci ne doit pas nous faire penser qu’il s’agit d’un livre visant à alimenter des débats, Robert Sarah se situe à un tout autre niveau. Il a une profondeur spirituelle exceptionnelle, fondée sur une spiritualité radicale. Son ouvrage est centré sur la foi, sur le Christ et il est écrit par un véritable homme de Dieu, conformément à son titre : »Dieu ou rien"...

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line-height:115% ;font-family :"Times New Roman","serif"">Bref voici un livre à lire absolument et à méditer.