Au nom de quoi faut-il transmettre ?

4 juin 2015

Compte-rendu de la conférence de Francois-Xavier Bellamy du 24 avril 2015.

Le vendredi 24 avril dernier, la direction diocésaine de l’Enseignement catholique et la Pastorale familiale organisaient à Avignon la venue de Monsieur François-Xavier Bellamy, philosophe, auteur du livre Les Déshérités, paru en 2014 aux éditions Plon. Celui-ci nous a donné une passionnante conférence sous le titre : « au nom de quoi faut-il transmettre ? ». Deux cents personnes sont venues l’écouter.

En voici le compte-rendu :

Monseigneur Cattenoz a ouvert la soirée, en nous rappelant d’une part que le jour même nous commémorions les cent ans du début du génocide arménien, et d’autre part le tout récent bombardement de la ville d’Alep, pendant les trois jours de la Paque orthodoxe…
L’Abbe Lelièvre a poursuivi en s’appuyant sur les Actes des Apôtres, lorsque l’eunuque exprime à Philippe son besoin de transmission des Ecritures.

Monsieur Thierry Aillet a ensuite dénoncé l’amnésie organisée actuelle, la volonté de nos hommes politiques de former un homme nouveau et leur absolu « non-reconnaissance » a ceux qui leur avait
transmis leur héritage culturel. C’est pourquoi il ne fait aucun doute que le lieu de la crise majeure que nous traversons est l’éducation.

Ainsi introduit, François-Xavier Bellamy, ce jeune enseignant de 29 ans, a expliqué que la non-transmission que connaissent actuellement nos jeunes générations n’est, en effet, ni fortuite, ni accidentelle, mais bien voulue et organisée. A tel point que, pour nos contemporains, il est devenu coupable de transmettre.
Ainsi l’autorité fait-elle peur, car l’enfant doit rester libre de découvrir, puis choisir, son savoir et sa religion. Que l’enfant apprenne peu importe peu, l’important est qu’il le fasse par lui-même. Ainsi en arrive-t-on a ce qu’un Ministre de l’Education Nationale explique qu’« il faut arracher l’enfant au déterminisme familial ». Car, nous dit-on, la famille empêche la liberté…

A l’heure actuelle, les formateurs expliquent aux futurs enseignants que si Louis XIV n’intéresse pas les élèves, il ne faut surtout pas leur en parler, car il est devenu inintéressant, en revanche, si leurs
baskets les passionnent : « parlez de ça ! » Ou encore : « quand vous êtes en cours, moins on vous entend, mieux c’est ! »

L’éducation traverse donc fondamentalement une crise culturelle et spirituelle. Ce n’est donc pas hasard si quasiment 20 pour cent des jeunes ayant terminé leur cursus scolaire souffrent d’illettrisme
et si le système français est le plus discriminatoire d’Europe (cf. PISA).
Les responsables d’un tel échec sont à chercher très loin : Descartes, Rousseau et Bourdieu pour ne nommer qu’eux.

Le jeune professeur de philosophie nous a ensuite donné de longs développements sur ces trois pères fondateurs de notre culture. Le mieux reste de lire, ou relire son livre, pour ne pas aller trop vite
dans son analyse importante.
En deux mots : Descartes va surtout chercher l’immédiateté de la connaissance, après avoir dénoncé toutes ses années d’apprentissage, d’où il était sorti rempli de doutes. C’est ainsi que la modernité
commence avec son fameux « je pense », seule certitude du monde moderne. Déjà, on le voit, la transmission est fondamentalement remise en cause, déjà l’immédiateté d’internet est exaltée.
Rousseau va ensuite développer le culte de l’enfant sauvage, la symbiose absolue avec la nature, l’interdiction de toute coercition et de toute inégalité, l’apprentissage par les pairs, l’importance
« d’apprendre à apprendre » (même si le contenu est absolument vide)… Autant de nos principes phares actuels.
Quant à Bourdieu et ses confrères, ils vont nous asséner que la langue est fasciste, dixit Roland Barth, car elle impose tout un tas de règles et ainsi enferme notre liberté de pensée.

Question de Monsieur Bellamy : comment penser si on ne nous transmet pas de mots ? Les mots nous permettent de nous connaître, de connaître nos sentiments. C’est l’adolescent qui croit ne rien
devoir à personne, à l’image de notre société qui vit une véritable crise d’adolescence collective et est donc ingrate.
Nous ne sommes pas naturellement naturels : Chopin pour écrire ses nocturnes, exceptionnelles, et qui semblent couler de source, a dû étudier énormément, faire des gammes sans mesure.

Il n’y a pas de liberté immédiate dans le monde. La liberté dont nous bénéficions nous a été transmise. L’étude, la mémoire, les grands auteurs nous font grandir, et plus encore, l’autorité nous fait grandir. Nous ne consoliderons la culture que par plus de culture. Le grand mystère est que nous nous ne connaîtrons nous-même que par plus de culture.

Quelques questions ont conclu le débat, puis Monsieur Bellamy a dédicacé son livre, dont nous ne serions trop vous recommander la lecture.

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